26
Jan
2018
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Femmes, travail et égalité: les entreprises ne peuvent pas tout faire!

Si nous voulons permettre aux femmes de travailler, il nous faut des crèches professionnelles et abordables, ouvertes toute la journée, toute l’année, avec repas. Et l’Etat devrait permettre la déductibilité fiscale de ces frais très importants

Soulignant un recul de l’égalité entre hommes et femmes en Suisse, les récentes statistiques du World Economic Forum m’ont rappelé mon arrivée à Genève, il y a dix-huit ans. Le congé maternité n’existait pas encore. Et comme mon prédécesseur – une femme de surcroît! – n’avait absolument rien prévu en ce domaine, l’une de mes priorités de nouvelle manager a été de conclure une assurance pour couvrir le salaire de mes collaboratrices pendant le congé maternité que l’entreprise a alors décidé – à bien plaire! – de leur accorder.

Je travaillais pour la filiale suisse d’un groupe hollandais où tout n’était pas rose pour les femmes: impossible de faire carrière à 80%, un deuxième enfant représentait un obstacle et, en prime, je gagnais beaucoup moins que mes collègues masculins. Un auditeur interne a eu la gentillesse de m’en informer. Du coup, j’ai dû entamer des négociations féroces sur mes conditions salariales. De plus, j’ai eu droit à des attentions très poussées de la part de mon supérieur direct! Et, enfin, comme toutes les mères qui travaillent, j’ai eu d’importants problèmes de garde pour ma fille…

Autonomie et liberté

J’ai toujours défendu avec ferveur l’autonomie et la liberté de choix des femmes, renforçant ma conviction qu’elles ont tout intérêt à garder en tout temps un pied sur le marché du travail. Tenant à donner un maximum de chances aux femmes, lorsque j’ai réussi à racheter la filiale suisse qui m’employait, une société de services, en 2009, j’ai décidé de l’organiser selon ma conviction.

Pourquoi cette conviction? Parce qu’un mari n’est pas une assurance vie, comme le rappelle l’ancienne conseillère nationale socialiste genevoise Maria Bernasconi, cela même si nombre de femmes au foyer sont pleinement heureuses, particulièrement en Suisse, où l’on bénéficie d’un très bon niveau de vie. En effet, la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille!

Mon père était chef d’entreprise. Dans les années 1950, aux Pays-Bas, passionné de jazz, il a lancé une fabrique de disques, Artone, qui comptait quelque 1200 employés. Il était brillant, avec une forte personnalité et, dans notre famille comme dans l’entreprise, tout-puissant, il ne laissait guère de place aux autres opinions personnelles. Puis, soudain, pour raisons de santé, il a dû vendre son entreprise quand j’avais 8 ans…

Cette expérience m’a appris que la carrière d’un homme peut ne pas être éternelle et que si une femme désire avoir la liberté de faire ses choix dans sa vie, elle doit être autonome, ce qui passe forcément par le travail. D’autant que les divorces se multiplient, avec des pensions alimentaires à la baisse! Conscientes de ces enjeux, nombreuses sont les femmes, réalistes, qui choisissent de continuer à travailler.

Le travail à 80%?

Que faire pour les aider? Des discours ou du concret? Dans ma PME, où 18 de mes 24 collaborateurs sont des femmes, une stricte égalité des salaires entre hommes et femmes est respectée. Et je n’hésite pas à embaucher des femmes jeunes, qui ne sont pas discriminées lorsqu’elles tombent enceintes. Au contraire, je les félicite et leur propose systématiquement de passer à 80%, sans perdre leur possibilité d’avancement dans l’entreprise, voire à 70% si elles ont plusieurs enfants. L’un de mes directeurs, lui, travaille à 90%, car les hommes aussi doivent pouvoir s’occuper de leur famille.

Le travail à 80% est aussi usuel pour les collaborateurs proches de la retraite. Du coup, les mercredis et les vendredis, nos bureaux semblent assez vides. Mais nous gérons fort bien la charge de travail, car les collaborateurs à temps partiel s’organisent pour être à jour et les collègues présents ont ainsi uniquement à gérer les urgences.

Qu’attendent les politiques?

Cette formule marche très bien! Notre entreprise réalise de bons résultats et, surtout, l’ambiance est excellente. Les collaborateurs qui bénéficient de cette souplesse sont reconnaissants et motivés par leur travail, d’où un turnover de personnel très limité, qui nous permet de maintenir un haut niveau de compétence et d’expérience. Presque chaque année, il y a naissance d’un bébé et il est rare qu’une collaboratrice nous quitte.

L’entreprise ne peut pourtant pas tout faire. Quel est le problème majeur de mes collaboratrices dans leur quotidien? L’impossibilité de trouver des places de crèche! Et la solution des mamans de jour ne rassure pas. Si nous voulons permettre aux femmes de travailler, il nous faut des crèches professionnelles et abordables, ouvertes toute la journée, toute l’année, avec repas. De plus, l’Etat devrait permettre la déductibilité fiscale de ces frais très importants, de nature à décourager les mères de reprendre le travail.

Et n’oublions pas les horaires scolaires, impraticables, car également basés sur l’organisation d’un foyer traditionnel. Qu’attendent les politiques pour organiser enfin, partout, des cantines pour tous, comme il en existe dans certaines communes, avec des accueils parascolaires offrant la possibilité de faire du sport et ses devoirs à l’école après les cours jusqu’à 19 heures, tous les jours de la semaine et à des tarifs accessibles?

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